Résumé : Cette thèse de doctorat, réalisée sous la direction de la Professeure Cécile van de Leemput (ULB, Belgique), ainsi que de la Professeure Béatrice Mabilon-Bonfils et Laurent Jeannin (CY, France), constitue une recherche pluridisciplinaire articulant les champs théoriques de la psychologie du travail, des sciences de l’éducation et de l’architecture. Financée par le Fonds de la Recherche Scientifique (F.R.S.-FNRS), elle s'inscrit dans le contexte préoccupant de l'état des infrastructures scolaires et des défis liés à leur modernisation pour répondre aux exigences pédagogiques et sociopsychologiques du XXIème siècle.Dans un contexte de hausse constante de la population scolaire et de recours à des solutions temporaires inadéquates telles que l'utilisation de préfabriqués, les conditions de travail des enseignants constituent un point de tension majeur. L'UNESCO alerte sur une pénurie mondiale d'enseignants (UNESCO, 2024), et face à cette attrition professionnelle, cette thèse examine un facteur clé pour favoriser la rétention dans la profession : le bien-être des enseignants et les dimensions sociopsychologiques qui y sont associées, notamment l'auto-efficacité, l'engagement et l'épuisement professionnel. Bien que les établissements scolaires soient majoritairement conçus pour répondre aux besoins des élèves, cette recherche se focalise spécifiquement sur les enseignants en tant qu'acteurs centraux de la dynamique éducative. L'objectif principal est d'identifier et d'analyser comment les caractéristiques architecturales et ergonomiques des espaces de travail formels (salles de classe) et informels (salle des professeurs, espaces interstitiels) influencent le bien-être des enseignants.La thèse s'appuie sur des cadres théoriques multidisciplinaires, intégrant notamment les approches du bien-être au travail (Biétry & Creusier, 2013) et le modèle tripartite de Lefebvre sur les espaces perçus, conçus et vécus (Lefebvre, 1974). Méthodologiquement, cinq études combinant des méthodes quantitatives et qualitatives ont été menées, incluant des questionnaires, des observations et des entretiens, recueillant des données objectives et subjectives. Une étude quantitative sur un échantillon élargi a également été réalisée.Globalement, les résultats montrent que les facteurs architecturaux et ergonomiques exercent des influences différenciées sur les dimensions constitutives du bien-être des enseignants (i.e. auto-efficacité, engagement au travail, épuisement professionnel, bien-être). Ces impacts varient selon les espaces concernés : dans les espaces formels, les caractéristiques des espaces scolaires agissent principalement sur le sentiment d'auto-efficacité, tandis que dans les espaces informels, elles influencent la récupération psychologique. En définitive, les conclusions soulignent l'importance relative et variée des aspects de configurabilité et d’ergonomie, démontrant qu’un environnement scolaire bien conçu peut améliorer l’expérience professionnelle des enseignants. Les résultats apportent de nouvelles perspectives pour la conception d'espaces scolaires en adéquation avec les besoins des enseignants, ouvrant la voie à des recommandations pour des environnements éducatifs orientés vers le bien-être professionnel.