par Genicot, Nathan
Référence Statistique et société, 13
Publication A Paraître, 2026-06-01
Article révisé par les pairs
Résumé : L’assurance est une technique de gestion de l’incertitude qui repose sur la mutualisation des risques. C’est par l’agrégation des primes payées par l’ensemble des assurés que l’assureur peut indemniser les personnes qui subissent un sinistre. L’assurance appréhende le risque comme un phénomène collectif, analysable au niveau du groupe et non de l’individu, par le moyen des statistiques qui, par essence, traitent des grands nombres. Cependant, ces dernières décennies – notamment sous l’effet du progrès de la numérisation et de la prolifération de nouvelles formes de données – la perspective d’individualiser le risque a gagné en popularité. Il s’agit de découper le groupe des assurés en sous-classes les plus homogènes possibles et de leur appliquer des régimes tarifaires différents. Les assureurs ont à cet égard forgé la notion d’équité actuarielle (actuarial fairness) – suivant laquelle il est à la fois nécessaire et juste que chaque assuré supporte son propre risque – pour promouvoir ces pratiques de segmentation. L’idée selon laquelle il serait possible de déterminer le « risque individuel » de chaque personne n’a toutefois rien d’évident. Cet article entend mettre au jour les limites épistémologiques fondamentales qui doivent conduire à manier cette expression avec prudence voire même à en récuser le bienfondé.