Résumé : Un texte de slam ne dure pas plus de trois minutes, il est scandé par la personne qui l’a écrit, devant un public, sans décor, musique, matériel ou costume. Esthétique égalitaire et minimaliste, fondée sur un phénomène d’incarnation (le « je » poétique correspond au « je » du ou de la poète·sse), le slam représente alors un véritable terrain d’investigation sur l’homologie entre style de vie et style d’écriture poétique. De plus, le slam a pour règle principale une entente politique, une éthique qui fonde son esthétique vivante. Son pouvoir émancipateur tient donc à deux de ses aspects définitionnels : ses principes et sa forme. Caractérisée par une certaine liberté formelle, ce récit – de soi – poétique s’oppose à la poésie classique en ce qu’il refuse de poser des règles esthétiques a priori. Mais nombreux sont les héritages formels liés à l’oralité, à la nécessité de mémoriser ou de « claquer », « percuter » (traduction littérale du mot). Les caractéristiques esthétiques du slam expliquent alors en quoi il apparaît comme moteur d’une révolution dans le champ de la poésie belge. Cette étude stylistique du slam prendra comme cas de figure celui de Marie Darah, jeune slameur·se belge. Car un de ses recueils poétiques ou récits de soi slamés et publiés par iel est exemplaire de cette esthétique de l’incarnation et révélateur d’un phénomène qui en découle : la re-connaissance de soi et des autres.