Résumé : Les contributions réunies dans ce volume interrogent la notion de récit poétique, qu’il soit textuel ou oral, et dont la forme hybride oscille entre prose et poésie. Empruntant à divers genres et registres littéraires, ce type de narration poétique a, au fil des siècles, élaboré ses propres codes, règles et affinités, notam-ment avec les formes musicales ou picturales. Depuis les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau (1782) jusqu’au Spleen de Paris de Charles Baudelaire (1869), le poème en prose s’est progressivement affirmé comme un genre à part entière, en renouvelant et en modernisant les codes culturels.Son apparition contribue activement à l’innovation narrative au sein de la poésie moderne, où la prose poétique et le vers libre deviennent des instruments de subversion des formes traditionnelles, tout en participant à l’émergence de nouvelles structures littéraires. Dans cet espace hétérogène, libéré de frontières strictes, l’art poétique se développe librement, donnant lieu au XXe siècle à l’apparition d’une nouvelle tradition ainsi qu’à des formes hybrides d’expression, telles que l’écriture automatique ou les expérimentations linguistiques des années 1960. Aujourd’hui, cette narration poétique toujours vivace s’étend à la pratique du slam, qui dépasse la simple représentation des problématiques sociales. Par son recours à des outils critiques, le slam met en lumière la force de l’engagement et la légitimité de la révolte, dans un contexte de profondes mutations culturelles, sociologiques et politiques.