Résumé : Alors que l’Occident se mettait à douter des bienfaits de la société industrielle et de l’impact sur la planète de l’économie de marché, Lynn T. WHITE dénonça l’interprétation latine de la Genèse et le monothéisme en général (1967), origine de l’anthropocentrisme et de la surexploitation par l’homme des ressources naturelles aux yeux de l’auteur. Cinquante ans plus tard, Rome s’est engagée dans l’écologie intégrale sous l’impulsion du Pape FRANÇOIS. L’être humain, autrefois dominateur, supérieur à toutes les autres créatures, s’est dorénavant vu attribuer la responsabilité de gérer la maison commune. Ce glissement s’est opéré par le développement d’une nouvelle exégèse qui, sans renoncer à la doctrine sociale de l’Église, permet aujourd’hui de répondre aux inquiétudes en lien avec l’environnement. La dénonciation de Lynn T. WHITE résonna également dans le monde islamique. Aujourd’hui, une approche musulmane de la question apparait, avec au centre de la réflexion, le concept de vice-régent (calife) offert à l’homme et repris par de nombreux penseurs. Comme chez les catholiques, l’homme est représenté sous les traits d’un gestionnaire, mais à l’inverse de l’approche latine, les musulmans n’invitent pas à développer une nouvelle lecture des textes, mais à percevoir l’évidence contenue dans la Révélation ou dans la figure du prophète. L’islam apparait ainsi par définition écologique car le croyant est constamment invité à prendre soin de la planète, où chaque chose ramène à Allah et à son unicité. Laudato Si’ du Pape FRANÇOIS et la Déclaration Islamique sur le Changement Climatique, toutes les deux publiées en 2015 (année de la COP 21), apparaissent comme le marqueur d’une prise de conscience de chaque partie sur la question environnementale. Si l’encyclique jouit de la figure d’autorité du pape sur la communauté de fidèles, la Déclaration islamique souffre à l’opposé de l’absence d’un dignitaire incarnant le sunnisme et capable de guider les croyants. Ce constat est perceptible à travers les initiatives analysées. Du côté catholique, les références à Laudato Si’ sont nombreuses et l’engagement du Pape parait stimuler tant les laïcs que les ordres monastiques. Côté musulman sunnite, les arguments avancés par les acteurs se réfèrent principalement au califat.