Résumé : Les impacts environnementaux des activités humaines ont atteint une telle étendue et une telle intensité qu’il n’est dès lors plus possible de les ignorer. Dans un monde fini, le modèle de l’économie linéaire repris depuis la Révolution Industrielle a provoqué la surexploitation des ressources naturelles et la surproduction de déchets. De façon alternative, le concept de l’économie circulaire tend à préserver le capital naturel et à utiliser durablement les ressources. Dans cette optique, la Région Bruxelles-Capitale tente d’insuffler cette nouvelle approche aux différents secteurs d’activités économiques présents sur son territoire, notamment celui de la construction. Une des solutions proposées dans ce contexte est le réemploi de matériaux de construction. Cette pratique consiste à réutiliser des matériaux issus d’éléments démontés au lieu d’abattre les bâtiments dont ils sont issus. Bien que prometteuse, cette méthode reste néanmoins marginale à cause de certaines barrières posées par les différents acteurs du secteur. Fort de son expérience en la matière, Bruxelles Environnement a donc recherché à identifier les freins des maitres d’ouvrage (MO) face au réemploi des matériaux de construction avec l’aide de l’ULB, peu d’information étant disponible pour cet agent. Ce travail a pour objectifs d’explorer ce nouvel axe de recherche via des entretiens avec des MO et des professionnels du secteur mais aussi de proposer une méthodologie basée sur l’application de la théorie des pratiques sociales développé par Shove, Pantzar, et Watson et réplicable à plus grande échelle. Ce cadre permet d’inclure différents éléments de l’environnement des MO afin de comprendre comment leurs pratiques sont portées. Le réemploi de matériaux de construction peut ainsi être considéré comme une proto-pratique, les liens entre ces éléments n’étant pas encore totalement établis. Du point de vue de l’élément matériel, la logistique est un des facteurs à améliorer, bien qu’il semble relativement bien implanté (matériaux et infrastructures déjà présents). Pour les facteurs de l’élément compétence, cela dépend du degré d’implication du MO dans son chantier et son recours à des professionnels ou non. Dans le cas où le MO ne fait pas appel à un professionnel du secteur de la construction, des compétences plus spécifiques doivent être développées notamment dans l’identification des matériaux potentiellement réutilisables. Véritable apport de la théorie des pratiques, l’inspection des significations du réemploi est réellement une avancée dans la compréhension du phénomène et trois d’entre elles ont pu être identifiées. Pour l’ensemble des MO interrogés, le réemploi de matériaux de construction possède des significations esthétiques et financières et pour certains d’entre eux, une signification environnementale se superpose aux deux autres. À l’avenir, il faudra également se concentrer sur la notion de « valeur » des matériaux extractibles aux yeux du MO afin qu’ils ne soient plus considérés comme des « déchets » mais bien comme une « ressource ». Cette signification sous-tend un grand nombre de comportements et freine l’élaboration durable de la pratique du réemploi. Du point de vue de la méthodologie, certaines améliorations pourront être apportées au guide d’entretiens afin de continuer l’enquête et d’étayer les informations présentées dans ce travail et l’investigation des comportements quotidiens des MO pourrait également éclairer la recherche. Le réemploi de matériaux s’inscrit donc fermement dans une logique de durabilité et dans les actions vertueuses de l’économie circulaire mais devra également faire ses preuves pour être accepté.