Résumé : En 2015 et 2016, la Nouvelle-Zélande a envisagé de changer son drapeau national au moyen d’une procédure référendaire. Le référendum est une pratique politique liée au principe de démocratie directe ou participative qui consiste à solliciter la population à prendre position sur une question de société. Ce système est largement utilisé à travers le monde dans de nombreuses démocraties occidentales. Le cas de la Nouvelle-Zélande ne semble donc pas, à première vue, singulier mais il est toutefois inédit à l’échelle mondiale dans la mesure où le processus mis en place a combiné, d’une part, une contribution directe des citoyens dans la création de motifs alternatifs et, d’autre part, un vote par référendum en deux étapes. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer le recours de certaines démocraties au référendum : la montée en puissance d’un parti nationaliste ou régionaliste, le renforcement d’un clivage centre – périphérie, la volonté des autorités de démocratiser le débat et de l’externaliser hors de la sphère politique ou encore des revendications populaires. Ce travail a pour objectif d’expliquer les facteurs prédominants qui ont conduit à la mise à l’agenda d’une procédure référendaire en Nouvelle-Zélande axée sur une question sensible et identitaire soulevée par le drapeau national. Au moyen d’une analyse discursive effectuée sur trois périodes clés, la présente étude permet également de mettre en évidence la chronologie des discours et de la rhétorique politique et d’illustrer l’évolution des idées qui ont été véhiculées pour justifier la mise en place de référendums et d’envisager concrètement le changement du drapeau national. Trois hypothèses ont été formulées afin de répondre à notre question de recherche : réponse à des revendications populaires ou un contexte social, externalisation de la question du drapeau national hors de la sphère politique ou légitimation des intentions du New Zealand National Party et / ou du Premier Ministre John Key. Les discours ne sont qu’une manière pour les acteurs politiques de présenter la réalité et leurs motivations et ne nous permettent pas d’appréhender complètement les origines d’un processus tel que le référendum. Néanmoins, dans le cas de la Nouvelle-Zélande, les discours mettent en évidence un clivage patent au sein de la classe politique. Alors que les référendums ne semblent pas répondre à une attente de la population, la volonté de démocratiser le débat et de permettre aux citoyens de se prononcer est un facteur explicatif du processus. Toutefois, les discours révèlent aussi une manœuvre du Premier Ministre John Key de légitimer un projet personnel, voire égocentrique pour certains, par le biais des référendums.