par Sawadogo, Jean-Pierre 
Président du jury Jaspers, Jürgen
Promoteur Le Cam, Florence
Co-Promoteur Yaméogo, Lassané
Publication Non publié, 2026-10-15

Président du jury Jaspers, Jürgen

Promoteur Le Cam, Florence

Co-Promoteur Yaméogo, Lassané
Publication Non publié, 2026-10-15
Thèse de doctorat
| Résumé : | RÉSUMÉL'irruption du terrorisme en 2015 et l'instauration d'un régime d'exception à partir de 2022 ont fait basculer le Burkina Faso dans un environnement nouveau pour le journalisme et les journalistes. La littérature existante aborde généralement ce contexte comme une crise sécuritaire ou une situation d'insécurité. Cette thèse le pense à partir de la notion de contexte de risque, qui permet de saisir ensemble la menace terroriste et les contraintes propres à l'exercice du métier sous un régime d'exception. Elle se démarque aussi de la littérature internationale sur le journalisme en contexte de risque, majoritairement consacrée à des violences chroniques ou structurelles et à une approche de la résilience centrée sur l'adaptation à ces violences. La recherche porte surtout sur la façon dont le journalisme se négocie et se transforme lors d'un basculement soudain vers le risque. Il ne s'agit plus seulement de savoir comment les journalistes continuent d'exercer malgré le risque, mais comment ils définissent eux-mêmes ce contexte, y négocient le travail journalistique et le risque, et dans quelle mesure celui-ci redéfinit leurs pratiques et identités professionnelles. L'enquête mobilise 39 entretiens compréhensifs, 14 entretiens de reconstruction et un corpus de 152 reportages et enquêtes journalistiques. Adoptant une posture inductive inspirée de la Grounded Theory, l'analyse itérative fait émerger la métaphore de l'archipel du risque : un espace professionnel fragmenté et structuré, où le risque se distribue différemment selon les médias, les spécialisations et les positionnements individuels. La démonstration s'organise en trois niveaux articulés : le contexte de risque est défini par les journalistes, négocié dans les routines quotidiennes et transformateur des pratiques et des identités. Ces trois niveaux forment une boucle : les pratiques retravaillent la définition du contexte, et les reconfigurations identitaires infléchissent en retour la perception du risque. L'analyse met enfin au jour plusieurs paradoxes de l’archipel : un risque à la fois incorporé au métier et instrumentalisé par le discours d'État ; une fragmentation protectrice qui expose en retour à un repli sur les sources les plus accessibles ; un accès au terrain rendu possible par le rapprochement avec l’armée, mais au prix d'une distance critique fragilisée ; et l'émergence contrainte de nouvelles figures professionnelles. |
| The eruption of terrorism in 2015, followed by the establishment of a state of exception from 2022 onward, plunged Burkina Faso into a new environment for journalism and journalists. Where existing scholarship generally approaches this context in terms of security crisis or insecurity, this dissertation approaches it through the notion of risk context, which captures both the terrorist threat and the constraints specific to practicing journalism under a state of exception. It also departs from the international literature on journalism in risk contexts, largely devoted to chronic or structural violence and to a resilience-centred approach focused on adapting to such violence. More fundamentally, it asks how journalism is negotiated and transformed amid a sudden shift into risk. The question is no longer only how journalists continue to practice despite risk, but how they themselves define this context, negotiate journalistic work and risk within it, and to what extent it redefines their professional practices and identities. The study draws on 39 in-depth interviews, 14 reconstruction interviews, and a corpus of 152 news reports and investigations. Adopting an inductive stance inspired by Grounded Theory, the iterative analysis gives rise to the metaphor of the risk archipelago: a fragmented yet structured professional space, in which risk is distributed differently according to media outlet, specialization, and individual positioning. The argument unfolds across three interlocking levels: the risk context is defined by journalists, negotiated in daily routines, and transformative of practices and identities. These three levels form a loop: practices continually rework the definition of the context, while identity reconfigurations in turn shape the perception of risk. The analysis finally brings to light several paradoxes of the archipelago: risk both embodied in the profession and instrumentalized by state discourse; a protective fragmentation that in turn exposes journalists to a narrowing reliance on the most accessible sources; access to the field made possible by closer ties with defense forces, but at the cost of a weakened critical distance; and the constrained emergence of new professional figures. |



