Résumé : Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent un problème majeur et croissant de santé publique en Afrique subsaharienne, où leur incidence, leur mortalité et le handicap qui en résulte restent particulièrement élevés, tandis que l’accès à des filières de soins structurées demeure limité. Cette thèse avait pour objectif de caractériser l’épidémiologie des AVC en Guinée, d’identifier des facteurs pronostiques cliniquement pertinents et d’explorer des stratégies pragmatiques susceptibles d’améliorer la prise en charge aiguë et la prévention secondaire, principalement à partir des données d’un registre hospitalier prospectif constitué à Conakry.Les premiers travaux décrivent le profil clinique et épidémiologique des AVC dans ce contexte, en soulignant le poids majeur des facteurs de risque vasculaires modifiables, en particulier l’hypertension artérielle, ainsi que la fréquence importante des AVC ischémiques et des hémorragies intracérébrales. Une attention particulière a été portée aux hémorragies intracérébrales, à leur topographie, aux marqueurs de maladie des petits vaisseaux et aux limites de l’attribution étiologique dans un environnement où l’accès aux explorations diagnostiques reste contraint. Plusieurs études ont ensuite évalué les facteurs associés au pronostic après AVC, notamment la sévérité initiale, les complications post-AVC telles que la fièvre, ainsi que différents marqueurs de vulnérabilité neurologique et systémique.Au-delà du pronostic aigu, cette thèse s’est intéressée à des dimensions encore insuffisamment prises en compte dans la prise en charge des AVC en Afrique subsaharienne. Les troubles cognitifs post-AVC ont été étudiés à l’aide d’outils de dépistage adaptés au contexte culturel, montrant la faisabilité et l’intérêt d’intégrer l’évaluation cognitive au suivi clinique. La prévention secondaire a également été abordée sous l’angle de l’accessibilité des traitements, du contrôle tensionnel, de l’adhésion thérapeutique au long cours et du développement de stratégies de prévention applicables à grande échelle.Dans leur ensemble, ces travaux montrent que l’amélioration du pronostic des AVC en Afrique subsaharienne ne repose pas uniquement sur l’accès aux thérapeutiques de reperfusion avancées. Des gains importants peuvent être obtenus grâce à une organisation structurée des soins en unité neurovasculaire, à la prévention et au traitement systématiques des complications, au dépistage précoce des séquelles cognitives, à un contrôle rigoureux des facteurs de risque vasculaires et à une prévention secondaire durable. Ces résultats soutiennent le développement de filières de prise en charge adaptées aux ressources disponibles, combinant les principes de la médecine fondée sur les preuves à des solutions réalistes et soutenables pour les systèmes de santé à ressources limitées.