par Conti, Gaia Maria 
Président du jury Delhaye, Coralie
Promoteur Wolfs, Jose-Luis
Publication Non publié, 2026-09-10

Président du jury Delhaye, Coralie

Promoteur Wolfs, Jose-Luis

Publication Non publié, 2026-09-10
Thèse de doctorat
| Résumé : | Le contexte dans lequel nous vivons en ce début de XXI siècle est caractérisé par une crise environnementale globale qui exigerait une réponse à l’échelle mondiale. Ce contexte globalisé est également dominé par un débat sur l’immigration imprégné de propagande et fragilisé par des pulsions nationalistes. Les attaques anti-darwiniennes de la part des fondamentalistes d’un bout à l’autre du monde ont motivé la résolution « Dangers du créationnisme dans l’éducation » adoptée par le Conseil de l’Europe en 2007. C’est dans ce contexte que j’ai considéré intéressant de procéder à une analyse épistémologique et didactique des contenus d’enseignement en plus ancienne histoire des manuels scolaires d’histoire de primaire en Italie.Nous avons tous en nous une image de la « Préhistoire » que notre entourage socioculturel nous transmet depuis l’enfance et qui est porteuse d’enjeux idéologiques, touchant au statut de l’humain dans le monde du vivant. La société est habitée par des phrases et des visions à ce sujet, des conceptions ancrées se forment, plus ou moins en phase avec les données de la recherche paléoanthropologique et archéologique préhistorique. Les auteurs de manuels scolaires sont, comme tous, sous l’influence de la pensée sociale, les représentations qu’ils se font au sujet des origines de nos lignées sont véhiculées à travers textes et images.J’ai fait appel à la théorie de la transposition didactique (Chevallard, 1985) dont le concept rappelle la distance nécessaire qui sépare les savoirs savants des savoir à enseigner. Une comparaison de savoirs finalisée à dégager le savoir de sens commun, avec l’outil de grilles orientées vers l’analyse du discours, a donné ces résultats :- Les valeurs implicites telles que l’anthropocentrisme, le finalisme, le progressisme et l’essentialisme imprègnent les contenus relatifs au thème de l'évolution humaine : une évolution linéaire comme une succession d’étapes prédéterminées est proposée, ce qui cause une rupture épistémologique avec la vision, dominante depuis désormais un demi-siècle dans les milieux académiques, d’une évolution humaine buissonnante opérant sans suivre aucun dessein préconçu. Ces tendances cognitives font obstacles aux avancées de la connaissance, l’évolution humaine des manuels en sort dénaturée, marquée comme elle est par des schèmes typiques du créationnisme (Guillo, 2015). Une évolution mal expliquée ne peut pas faire comprendre aux enfants « notre nature et notre place dans la nature ».- Conséquemment, la relation humain/environnement est négligée, les contenus sont empreints de l’idée qu’Homo soit un être à part dans le monde du vivant, idée renforcée par l’absence d’arbres phylogénétiques avec la branche de nous cousins d’évolution, les Panina. Le thème de l’environnement est central à cette époque, et pourtant il est le grand absent de la plus ancienne histoire scolaire. Le changement climatique n’émerge pas comme un phénomène mondial avec une très longue histoire étroitement liée à celle des lignées humaines. - Les contenus sont également empreints de sexisme et de racisme, l’évolution humaine est représentée comme aboutissant à un mâle occidental. Les femmes préhistoriques ne sont plus invisibles, mais le scenario reste centré sur « l’homme chasseur », selon un modèle proposé à partir des années 1950 attribuant à la chasse du gros gibier l’acquisition des traits propres à l’humain : les activités des hommes ont une signification évolutive, tandis que les femmes sont reléguées à un rôle périphérique dans le devenir de l'espèce (Cohen, 2021). Les auteurs semblent reproduire, à travers une vision sexuée stéréotypée des rôles, le modèle social d’inégalité du rapport homme/femme en vigueur dans la société italienne. Les humains au teint foncé, tous espèces confondues, sont sous-représentés dans les scènes de vie préhistoriques, comme dans l’iconographie de l’hominisation. La valeur implicite de la supériorité de l’homme moderne occidental est suggérée par l’éclaircissement de peau au fur et à mesure qu’on avance dans le temps et dans le développement culturel ; d’ailleurs, le fait que les homininés des anciennes époques étaient des êtres entièrement culturalisés » n’est pas mis en évidence. La représentation l’homme de Cro-Magnon à l’aspect d’un européen moderne est porteuse de la valeur de l’eurocentrisme : celui-ci ne devient pas un « super Sapiens » en Europe, il est arrivé doté de compétences très modernes qu’il possédait déjà à l’époque de ses migrations hors d’Afrique. Cette recherche veut contribuer à améliorer l’enseignement de la plus ancienne histoire, dont elle souligne l’importance. L’histoire de tous, bien enseignée, permettrait aux jeunes de se situer dans le monde naturel et en même temps dans l’histoire humaine, avant de découvrir leur appartenance au pays où ils vivent. Ils poseraient alors un nouveau regard sur la complexité de nos origines. |



