Résumé : Recherche anthropologique à visée médico-légale de l’articulation fémoro-tibiale dans l’identification des personnesDocteur François BEAUTHIERIntroduction — L’identification de restes humains fragmentés et entremêlés, notamment en contexte de catastrophes de masse, pose la question centrale de l’attribution correcte des segments osseux à un même individu, et de la quantification de la force probante des appariements ostéologiques selon des standards de méthodes testables, reproductibles et scientifiquement validées.Méthodologie — À partir d’une population contemporaine de référence, des mesures ostéométriques fémorales et tibiales ont été étudiées pour (i) la discrimination sexuelle et (ii) l’appariement fémur–tibia. Ces données intégraient des mesures de surfaces métaphysaires acquises au CT scanner en coupe (FSURF/TSURF)Les modèles ont été construits par régressions linéaires simples et multiples avec sélection stepwise (SAS 9.4), conduisant à la sélection d’équations robustes (r > 0,75) intégrées dans un tableur Matrix. Pour l’appariement, un score a été défini tenant compte de la différence entre les dimensions mesurées et les dimensions prédites par les équations de régression. Ce score a bénéficié d’une pondération par l’indice de corrélation afin de privilégier les équations les plus fiables et ensuite d’une agrégation par moyenne pondérée (MP).Résultats — La détermination du sexe a atteint des performances élevées, avec des taux d’efficacité d’environ 88 % (fémur) et 89 % (tibia), soulignant l’intérêt du tibia (notamment TML) et la contribution des surfaces métaphysaires (FSURF/TSURF).
Pour l’appariement, le score MP a permis une décision opérationnelle : appariement hautement possible pour MP < 2 et rejet pour MP > 5. La validation sur 92 individus, en testant toutes les combinaisons, a montré qu’un seuil > 5 conserve 100 % des vrais appariements (sensibilité = 1,00) tout en écartant environ 59% des couples faux (spécificité ≈ 0,59).Conclusion — Ce travail se démarque de la littérature par (i) l’intégration de surfaces métaphysaires en coupe dans une approche médico-légale, (ii) la formalisation d’un score pondéré avec seuils décisionnels explicites, et (iii) l’automatisation de la procédure via un outil informatique APP2 reproduisant les exclusions de Matrix et proposant une option de classement rigoureuse.
L’approche est particulièrement performante pour exclure des appariements incompatibles ; elle est moins discriminante lorsque les morphotypes sont très proches, imposant alors une stratégie multimodale (comparaisons qualitatives, puis ADN).
Forensic Anthropological Investigation of the Femorotibial Joint for Human IdentificationDr François BEAUTHIERIntroduction — The identification of fragmented and commingled human remains, particularly in mass disaster contexts, raises the central issue of correctly assigning skeletal elements to the same individual and quantifying the evidential strength of osteological associations according to testable, reproducible, and scientifically validated methodological standards.Methodology — Based on a contemporary reference population, femoral and tibial osteometric measurements were investigated for two purposes: (i) sex estimation and (ii) femur–tibia matching. The dataset included metaphyseal surface area measurements acquired from cross-sectional CT scans (FSURF/TSURF).Models were developed using simple and multiple linear regression analyses with stepwise selection procedures (SAS 9.4), leading to the selection of robust equations (r > 0.75), which were incorporated into a Matrix spreadsheet. For femur–tibia matching, a score was defined by taking into account the difference between the measured dimensions and the dimensions predicted by the regression equations. This score was weighted by the correlation coefficient in order to give greater importance to the most reliable equations, and was subsequently aggregated as a weighted mean (WM).Results — Sex estimation achieved high levels of performance, with overall accuracy rates of approximately 88% for the femur and 89% for the tibia. These results highlight the value of the tibia, particularly the mediolateral tibial measurement (TML), as well as the contribution of metaphyseal surface area measurements (FSURF/TSURF).For femur–tibia matching, the WM score provided an operational decision-making framework: a match was considered highly possible when WM < 2, whereas a match was rejected when WM > 5. Validation on 92 individuals, by testing all possible combinations, showed that a threshold of > 5 retained 100% of true matches (sensitivity = 1.00), while excluding approximately 59% of false pairs (specificity ≈ 0.59).Conclusion — This study distinguishes itself from the existing literature through: (i) the integration of cross-sectional metaphyseal surface areas into a forensic anthropological approach; (ii) the formalization of a weighted scoring system with explicit decision thresholds; and (iii) the automation of the procedure through the APP2 software tool, which reproduces the exclusions generated by Matrix and offers a rigorous ranking option.The proposed approach is particularly effective for excluding incompatible femur–tibia associations. However, it is less discriminating when individuals present very similar morphotypes, in which case a multimodal strategy is required, combining qualitative comparisons and, when necessary, DNA analysis.