Résumé : Depuis le début des années 2000, la plupart des gouvernements des pays du Bassin du Congo ont promulgué de nouvelles lois visant assurer une gestion durable de leurs ressources forestières. Cependant, certaines articulations de ces lois qui concernent directement l’exploitation forestière ont été élaborées sans se baser sur les connaissances biologiques des espèces d’arbres exploitables, notamment leur biologie de la reproduction. Ce manque de connaissances affecte l’efficacité de ces lois. Dans cette thèse, nous avons analysé la reproduction de deux espèces du genre Prioria, des arbres très exploités en Afrique centrale, afin de mieux comprendre leur régénération naturelle et l’impact potentiel de leur exploitation. La recherche a été conduite à Yangambi et dans la Réserve Forestière de Yoko, dans la province de la Tshopo, au nord-est de la République démocratique du Congo. Elle combine une revue de la littérature, des observations écologiques classiques et des analyses génétiques. Après l’introduction générale (Chapitre 1), la méthodologie générale (Chapitre 2) et la revue de la littérature sur le trait de vie de Prioria balsamifera (Vermoesen) Breteler et Prioria oxyphylla (Harms) Breteler (Chapitre 3), le chapitre 4 nous a permis de déterminer la période de floraison et de fructification de P. balsamifera dans la Réserve Forestière de Yoko, son diamètre minimum de fructification (Dmf = 32,5 cm), son diamètre de fructification régulière (DFR = 55,4 cm), considéré dans cette étude comme le diamètre à partir duquel les arbres ont au moins 50% de chance de fructifier, ainsi que l’effet de la lumière sur sa reproduction. Dans cette forêt, la floraison et la fructification chez cette espèce se produisent respectivement en saison de pluie et saison sèche, mais concerne moins de 50% de potentiels semenciers. Le chapitre 5 qui s’est focalisé sur le flux des gènes chez P. balsamifera et P. oxyphylla a révélé de faibles taux d’autofécondation (s ~ 1%) et de consanguinité chez ces espèces hermaphrodites, une dispersion des graines et du pollen plus étendue chez P. balsamifera (ds = 564 m de distance moyenne de dispersion des graines et dp = 582 m de distance moyenne de dispersion du pollen) que chez P. oxyphylla (ds = 368 m et dp = 171 m) et une structure génétique spatiale faible chez les deux espèces (Sp = 0,022 et 0,011, respectivement pour P. balsamifera et P. oxyphylla). La moitié de la régénération est assurée par des arbres de diamètre à hauteur de poitrine (dhp) > 60 cm chez P. balsamifera, et dhp > 80 cm chez P. oxyphylla. Nos résultats montrent que si tous les arbres au-dessus du diamètre minimum d’exploitation (DME = 80 cm en RDC) étaient exploités, le potentiel reproducteur serait réduit de 33,3% pour P. balsamifera et 51,7% pour P. oxyphylla, soulignant l’importance d’augmenter le DME de P. oxyphylla ou de prévoir des mesures obligeant à maintenir des semenciers efficaces lors de l’exploitation. La structure spatiale de ces espèces a été ensuite analysée dans le chapitre 6. A l’échelle locale, les deux espèces présentent une structure agrégée à tous les niveaux due à l’hétérogénéité topographique. Ces deux espèces évitent les bas-fond, caractérisés par une faible altitude, et marqués par une forte humidité dans notre dispositif d’étude, soulignant l’importance d’éviter l’introduction des plantules de ces deux espèces en milieux très humides. La cohabitation locale entre les deux espèces est potentiellement facilitée par une certaine différenciation de niche écologique. Par sa surface foliaire spécifique et sa teneur en phosphore foliaire élevées, P. balsamifera semble avoir une stratégie d’exploitation des ressources plus acquisitive que P. oxyphylla, qui présente les traits d’une stratégie conservatrice. Enfin, le chapitre 7 discute l’ensemble des résultats obtenus. Il présente la synthèse des résultats obtenus et montre que la reproduction de P. balsamifera et P. oxyphylla ne peut pas être affectée par l’exploitation forestière sélective. Cette thèse contribue à une meilleure compréhension de la biologie de la reproduction de P. balsamifera et P. oxyphylla dans les forêts tropicales dense humide d’Afrique centrale. Les informations qu’elle fournit sont importantes pour une prise de décisions éclairées pour l’exploitation durable de ces espèces.