par Duriau, Nicolas 
Référence Colloque Masculinités en chantier : imaginaires du masculin dans la littérature, les arts et les productions médiatiques (1980-2025), (2026-05-14: Université de Sherbrooke, organisé par Isabelle Boisclair et Stéphanie Proulx)
Publication Non publié, 2026-05-14

Référence Colloque Masculinités en chantier : imaginaires du masculin dans la littérature, les arts et les productions médiatiques (1980-2025), (2026-05-14: Université de Sherbrooke, organisé par Isabelle Boisclair et Stéphanie Proulx)
Publication Non publié, 2026-05-14
Communication à un colloque
| Résumé : | [FR] Depuis la deuxième vague féministe, et le retentissement de la grève des prostituées de Saint-Nizier sur la scène médiatique internationale, en juin 1975, la question prostitutionnelle occupe une place grandissante dans les sciences sociales et les études de genre, en France et par-delà. Dans le sillage tracé par Les Filles de noce d’Alain Corbin (1978 ), les travaux sur la prostitution féminine se sont multipliés : qu’il s’agisse d’étudier leur(s) histoire(s), leurs pratiques ou leurs représentations artistiques et littéraires, les travailleuses du sexe suscitent un intérêt d’autant plus grand que leur parole semble se libérer. La littérature critique qui porte aujourd’hui sur l’œuvre de Grisélidis Réal, de Nelly Arcan ou de Virginie Despentes (pour ne citer que trois exemples) atteste d’un double intérêt pour le fait prostitutionnel et la manière dont il est vécu par ses actrices. Aussi leurs écrits ont-ils acquis une valeur scientifique inédite, corollaire au développement des épistémologies féministes et à la valorisation des savoirs situés : les œuvres écrites par les femmes concernées ne portent-elles pas un éclairage original – incarné, partiel, autrement objectif –, à côté des enquêtes sociologiques ou documentaires, sur leur propre trajectoire ? C’est le point de vue que défend l’écrivaine et activiste étasunienne Kate Millett dès 1971, dans La Prostitution. Quatuor pour voix féminines : « Pour mener à bien mon projet – écrire sur la prostitution – j’avais le choix : inventer moi-même quelque chose, en ne sachant rien du sujet, faire du remplissage en allant chercher la matière dans les livres, ou me lancer dans une entreprise longue et difficile, celle qui consistait à trouver des femmes susceptibles de m’enseigner ce que j’ignorais. » Ces acquis théoriques, s’ils valent pour la prostitution féminine, ne paraissent pas avoir bénéficié à l’étude des versants masculins du phénomène. Tant les travailleurs du sexe que leur production littéraire restent sous-représentés dans les travaux sur la/les prostitution/s. Après l’histoire et la sociologie, les études culturelles ont, certes, commencé à s’emparer de la question, mais la littérature – francophone, en particulier – reste un terrain peu exploré par les spécialistes . En repartant d’un texte ultra-contemporain, Photo sur demande (Stock, 2025), dans lequel Simon Chevrier transpose en autofiction son expérience de l’ « escorting » en ligne (ou prostitution sur internet), je me propose d’examiner comment des auteurs eux-mêmes acteurs du travail du sexe contribuent non seulement à faire évoluer l’imaginaire du trottoir, mais aussi celui du genre et des sexualités. Cette parole-expérience, par opposition à une parole-fantasme, tenue par des auteur·ices qui ne pratiquent pas la prostitution (observateur·rices ou client·es par exemple), remet-elle en question les représentations traditionnelles, communément féminines, du « plus vieux métier du monde » ? Pour répondre à cette interrogation, il s’agira ici- de réinscrire Photo sur demande dans son contexte de production (à la fois matériel et idéologique), d’abord (1) ; - de décrire la manière dont l’auteur entend se réapproprier des représentations (sociales et littéraires) qui lui préexistent, ensuite (2) ;- d’évaluer combien le texte participe, dans sa réception auprès du public, à resignifier la « prostitutionnalité » (soit ce qui se dit et s’écrit sur la prostitution dans un état de société donné), enfin (3).Sur la base d’un cas précis – un roman personnel –, j’essaierai donc de déterminer si l’accès au champ littéraire et, plus spécifiquement, la création poétique (l’« écriture » au sens où l’entend Roland Barthes, soit un travail des formes et des contenus culturels) permettent aux travailleurs du sexe de déconstruire les stéréotypes et les préjugés dont ils sont la cible et, à plus forte raison, d’œuvrer à leur émancipation individuelle et collective. |



