Résumé : Cette thèse analyse la construction du problème public de l’islamophobie en Belgique francophone entre 1989 et 2021. Elle ne vise pas à étudier le phénomène social de l’islamophobie en tant que tel, mais à comprendre comment une réalité perçue est progressivement nommée et débattue dans l’espace public jusqu’à acquérir, ou voir contestée, sa légitimité en tant que problème public.Inscrite dans le cadre théorique de la sociologie des problèmes publics mobilisée en sciences de l’information et de la communication, cette recherche s’intéresse plus particulièrement à la publicisation du problème, ainsi qu’aux acteurs sociaux présentés comme ses propriétaires. Elle s’appuie sur une méthodologie mixte combinant une analyse lexicométrique de discours de presse et associatifs avec une série d’entretiens qualitatifs menés avec des représentants ou anciens représentants de l’antiracisme belge. Cette double approche permet de dépasser une approche strictement médiacentrée de la construction d’un problème public.L’analyse met en évidence une publicisation progressive mais conflictuelle du problème de l’islamophobie, marquée par une instabilité persistante de ses définitions et par des controverses récurrentes autour de sa nomination et des phénomènes qu’il doit englober. L’islamophobie apparaît ainsi moins comme un problème stabilisé que comme un objet polémique, pris dans des tensions durables liées à la neutralité de l’État, à la gestion des revendications religieuses, aux transformations de l’antiracisme et aux débats sur la liberté d’expression.En retraçant la carrière du mot et du problème qu’il désigne sur plus de trois décennies, cette thèse montre le caractère cyclique du débat public sur l’islamophobie en Belgique francophone et met en lumière les difficultés des acteurs sociaux à sortir des clivages de la société belge. Elle contribue ainsi à combler un manque dans la littérature francophone en proposant une analyse diachronique et discursive d’un problème public hautement controversé.