par Pfeiffer, Natacha
Référence Phantasia (Liège), 15
Publication A Paraître, 2026-04-01
Article révisé par les pairs
Résumé : Cet article analyse le film Soy Cuba (Mikhaïl Kalatozov,1964) à partir de la question du devenir collectif au cinéma. Il montre comment le film rend perceptible un soulèvement politique sans recourir ni à la figure héroïque individuelle ni à la représentation d’un peuple homogène, en élaborant les conditions sensibles du collectif à même la matérialité de l’image. En mobilisant la notion de « parole flottante » issue de l’œuvre de Jacques Rancière, l’article soutient que la parole politique dans Soy Cuba émerge non par arrachement à un sol ou à une identité, mais par la circulation instable des voix entre corps, espaces et éléments naturels. Cette dynamique est indissociable de ce que nous appelons une « image flottante », caractérisée par l’instabilité des points de vue, l’opacité de la matière et la suspension des repères perceptifs ordinaires. En articulant choix esthétiques, conditions de production et contexte historique, l’article montre que la nature n’y constitue pas un décor, mais un opérateur central de politisation du sensible, faisant de Soy Cuba moins un film sur la révolution qu’une expérience cinématographique des conditions mêmes de son émergence.