Thèse de doctorat
Résumé : L'auteur montre comment se sont retournés les attendus comtiens que le fondateur du positivisme avait posé à la création du terme altruisme. Historicisation de la nature - avec l'encyclopédie des sciences et la loi des trois états; la socialisation du cerveau - avec la détermination du siège et des volumes des organes cérébraux déduits de la sociologie; et la moralisation de la biologie - avec l'institution du culte du Grand-Etre, i.e. l'Humanité. De Littré à Changeux, en passant par Mill, Spencer, Darwin, Broca, Durkheim, Herrick, Mac Lean, Hamilton, s'est progressivement développé une approche de l'altruisme dictée par la naturalisation de l'histoire - les espèces évoluent et nulle priorité ne peut être accordée à l'une ou l'autre; la cérébralisation du social - par la localisation cérébrale de fonctions sociales comme le langage; la biologisation de la morale - la morale n'est que le produit naturel de la coopération animale. A travers une relecture des travaux de neurobiologistes, nous critiquons cette approche réductionniste chez Changeux et Damasio pour proposer de lui substituer une approche pluraliste qui laisse à la sociologie et à la morale leur relative autonomie (Feldman, Decety, Vrticka). Nous montrons que c'est à partir des mêmes composants de l'altruisme décrits par Comte, l'attachement, la vénération et la bonté, que cette suggestion trouve toute sa pertinence. Et qu'elle permet dès lors de favoriser l'approche social-intuitionniste de Jonathan Haidt plutôt que le modèle dual de Joshuah Greene.