par Louazon, Elena 
Président du jury Frangville, Vanessa
Promoteur Le Cam, Florence
Publication Non publié, 2026-02-13

Président du jury Frangville, Vanessa

Promoteur Le Cam, Florence

Publication Non publié, 2026-02-13
Thèse de doctorat
| Résumé : | Cette thèse s’intéresse à la manière dont les enjeux relatifs à la lutte contre les discriminations et la promotion de la « diversité » se sont imposés dans le secteur du journalisme belge francophone depuis le début des années 2000, ainsi qu’à ses effets concrets sur les trajectoires professionnelles de journalistes racisé·es et de journalistes LGBT. La recherche repose sur une méthodologie mixte qui articule une analyse socio-historique de discours professionnels et une approche qualitative centrée sur les expériences vécues par des journalistes minorisé·es.L’analyse d’un corpus de l’Association des Journalistes Professionnels met en évidence le rôle prépondérant joué par des organisations internationales dans l’émergence d’une préoccupation pour la représentation des personnes minorisées dans l’information, ainsi que l’influence des pouvoirs publics belges francophones dans l’institutionnalisation de cette préoccupation dans le secteur du journalisme. Elle montre également que les cadrages portés par différents acteurs du secteur du journalisme ont participé à nourrir des attentes spécifiques vis-à-vis des journalistes minorisé·es, souvent envisagé·es comme une solution au manque de « diversité » observé dans les contenus médiatiques.Les entretiens menés avec 61 journalistes révèlent, toutefois, que cette attente participe à porter sur elles et eux une présomption d’expertise, qui contribue à leur imposer des tâches supplémentaires chronophages non-reconnues. Dans le même temps, travailler sur leur groupe social expose ces journalistes à une présomption d’engagement militant, très coûteuse professionnellement. Les récits recueillis donnent à voir une tension entre une reconnaissance implicite de l’expertise issue du vécu - mise en avant dans les discours sur la « diversité » - et des normes professionnelles qui tendent simultanément à délégitimer cette forme d’expertise.Les récits des journalistes témoignent, par ailleurs, de difficultés nombreuses auxquelles ils et elles sont confronté·es. Entre altérisation, violence, discriminations, mais aussi remise en cause de leur capacité à être neutres, ces journalistes ne sont pas épargné·es par les violences qui touchent les personnes minorisées au travail. Dans une perspective comparative entre groupes minorisés, cette recherche montre néanmoins que les modes d’altérisation se configurent de manière différente au croisement de la race / de l’orientation sexuelle et du genre. Elle souligne également que les attentes sociales portées sur ces journalistes sont mobilisées différemment par les hommes et les femmes des deux groupes étudiés, qui peuvent, ou non, déployer des stratégies pour convertir leur vécu en compétence valorisable sur le marché du travail. |
| This dissertation examines how issues related to anti-discrimination and the promotion of “diversity” have taken hold in the French-speaking Belgian journalism sector since the early 2000s, as well as their concrete effects on the professional trajectories of racialized and LGBT journalists. The research relies on a mixed-methods design that combines a socio-historical analysis of professional discourses with a qualitative approach centered on the lived experiences of minoritized journalists.A corpus analysis of materials produced by the Association of Professional Journalists highlights the central role played by international organizations in shaping an emerging concern for the representation of minoritized groups in news coverage, as well as the influence of French-speaking Belgian public authorities in institutionalizing this concern within the journalism sector. The analysis further shows that the framings put forward by various actors in the field have helped generate specific expectations toward minoritized journalists, who are often positioned as a solution to the perceived lack of “diversity” in media content.Interviews with 61 journalists, however, highlight the unintended consequences of these expectations. They frequently translate into an assumed expertise that burdens these journalists with additional, time-consuming tasks that remain largely unacknowledged. At the same time, reporting on issues related to their own social group exposes them to suspicions of activist bias, which carry significant professional costs. Their accounts underscore a tension between the implicit recognition of lived-experience-based expertise - celebrated within diversity discourses - and professional norms that simultaneously work to delegitimize this form of expertise.The accounts provided by these journalists further shed light on the numerous challenges they encounter: violence, othering, discrimination, and even questioning of their ability to remain neutral, reflecting the broader forms of workplace harm faced by minoritized individuals. From a comparative perspective, the study indicates that patterns of othering differ at the intersection of minority status and gender. It further demonstrates that social expectations are negotiated in distinct ways by men and women within both groups, who may or may not adopt strategies to transform their lived experience into a marketable skill. |



