Résumé : IntroductionA l’heure actuelle, les institutions hospitalières accordent une attention de plus en plus marquée (ou particulière) à la satisfaction des patients qui constitue d’une part un indicateur crucial de la qualité des soins prodigués, et un indicateur de l’efficacité d’un système de santé, d’autre part (Yamba Yamba, 2018). L’évaluation de la qualité des soins, longtemps basée sur l’avis de professionnels de la santé, intègre désormais le point de vue du patient (HAS, 2021). Le patient est devenu un acteur engagé de son état de santé et sa satisfaction est vue comme un facteur prédictif de la poursuite de la relation et de l’adhésion thérapeutique (Nordt, 2019). Néanmoins, la notion de satisfaction des patients reste sous-étudiée en Afrique (Nga Kouma, 2022).De pratique très ancienne dans les pays développés, les programmes d’évaluation de la qualité des soins ne sont encore que timidement en voie d’implantation dans les pays en développement (Yamba Yamba, 2018). En France, la Haute Autorité de la Santé (HAS) exige régulièrement une évaluation des pratiques professionnelles chez les kinésithérapeutes afin d’améliorer de façon continue la qualité des soins dispensés aux patients (HAS, 2021).La satisfaction des kinésithérapeutes est étudiée dans le cadre d’une évaluation de l’environnement psychosocial au travail. La satisfaction au travail des professionnels de la santé est un indicateur majeur de la performance des soins de santé susceptible de garantir la qualité des soins, la satisfaction des patients et la fidélisation des soignants (Zhao et coll., 2024 ; Girma et coll., 2021). Du point de vue du professionnel de la santé, la satisfaction au travail est un concept central dans la compréhension des attitudes au travail (productivité, motivation, engagement, découragement, souffrance) et dans la prévention des risques psychosociaux (Moutte, 2007 ; Shan et coll., 2022). Selon les données épidémiologiques mondiales, l’exposition élevée aux risques psychosociaux au travail accroît la survenue des maladies cardiovasculaires, des affections de la santé mentales et des troubles musculosquelettiques (TMS) (Bernard, 2019). La notion de la satisfaction au travail chez les professionnels de la santé est sous-étudiée en Afrique (Girma et coll., 2021). La notion de risques psychosociaux au travail est sous-étudiée chez les professionnels de la santé en Afrique (Darboe et coll., 2016 ; Ebenguela et coll., 2020).Objectifs1. Mesurer l’éventuel mal-être au travail au sein d’un échantillon de kinésithérapeutes exerçant dans les hôpitaux et centres de revalidation de Kinshasa.2. Evaluer, d’autre part, le taux global de satisfaction de ces kinésithérapeutes et de leurs patients.3. Définir le profil type du kinésithérapeute et du patient le plus satisfait. Méthodologie174 kinésithérapeutes travaillant dans les hôpitaux de Kinshasa ont répondu à 2 questionnaires qui étudient l’environnement psychosocial du travail : 1) le modèle du déséquilibre efforts-récompenses / Effort-Reward Imbalance (ERI) de Siegrist (2004) qui évalue les risques psychosociaux au travail et prédit les conséquences sur la santé physique et psychique du travail, 2) Minnesota satisfaction Questionnaire (MSQ) de Weiss qui évalue la perception du travailleur par rapport au climat et à l’ambiance du travail, aux rapports sociaux, à l’avancement et à la rémunération, et aux valeurs morales. Parmi eux, 40 ont été conviés à un entretien semi-directif pour une analyse qualitative du contexte professionnel des kinésithérapeutes.La satisfaction du patient est évaluée grâce au questionnaire de Monnin et Perneger (2002) ou le « Patient Satisfaction Questionnaire » (PSQ) qui évalue le ressenti du patient dans 4 domaines qui concourent à sa satisfaction lors d’une prise en charge en kinésithérapie : l’admission, le traitement, la logistique et l’évaluation globale. Ce questionnaire a été administré à un groupe de 906 patients pris en charge en kinésithérapie dans les hôpitaux de Kinshasa. Parmi eux, 70 ont été conviés à un entretien semi-directif pour l’analyse qualitative.L’analyse statistique des résultats est réalisée à l’aide de l’analyse de la variance (ANOVA) et de l’analyse en composantes principales (ACP) pour déterminer le profil type du patient le plus satisfait et le profil type du kinésithérapeute le plus satisfait ou le moins soumis au déséquilibre efforts-récompenses. Cette analyse quantitative est complétée par une analyse qualitative basée sur des verbatims recueillis lors d’entretiens avec les kinésithérapeutes et leurs patients. Le couplage des données quantitatives aux données qualitatives a pour but de nuancer et d’expliciter les résultats quantitatifs obtenus.