Résumé : L'étude interroge le rôle des marchés spontanés dans la structuration de l'urbanisation contemporaine de la métropole Kinshasa. En effet, figée par une trame isotrope, où se forme l'espace public par la dynamique des marchés, l'agglomération kinoise met en concurrence les imaginaires de vitesse et lenteur. Par l'étude des cas dans la périphérie sud-ouest, je cherche à explorer et à stimuler une compréhension de ce phénomène dans le processus de structuration de l'espace urbain.La démarche, à portée épistémologique, focalise sur la pédagogie de ces wenze spontanés et éveille un questionnement. Que fait le marché spontané à la métropole ? Est-il un support à valoriser ? Deux hypothèses plausibles. La première présuppose que le marché spontané serait le fondement de la structuration de Kinshasa ; il y tiendrait un rôle déterminant. Et la seconde avance que la dynamique des marchés spontanés serait stratégique d'aménagement de l'espace urbain. La mise en tension commerce/mobilité révèle deux dimensions de fabrique urbaine : socio-économie et socio-spatialité ; elles sont à la base de la définition des outils méthodologiques de cette recherche.L'étude développe une description de la territorialité, en première partie, et la seconde est une interprétation des faits.En effet, sur le plan de la territorialité, dans un passé lointain, Kinshasa est assujettie à un ordre d'aménagement fonctionnaliste, avec une hiérarchie sociale et raciale très forte. Dès 1960, année de l'indépendance, elle échappe à toute forme de planification ; plus de six décennies, l'urbanisation est d'ascendance coutumière. L'agglomération avance sur les campagnes environnantes, et perpétue la distribution inégale des infrastructures et services sur l'espace urbain. Cependant, la récession dans les années 1980 accroit le négoce des biens de consommation courante avec les pays voisins et les échanges avec l'hinterland ; la débrouille, une compétition pour l'accès aux ressources, s'impose comme moyen de survie. Depuis, la ville atypique se caractérise par l'activité marchande dans les parcelles résidentielles, et les wenze sur l'espace public accaparé. Le marché spontané se soustrait ainsi à la dichotomie public-privé, et les arguments pour définir l'espace public, distributif des droits, ne sont pas opérants. Sur le plan de l'interprétation, la mise en tension commerce/mobilité montre que la dimension socio-économie répond de la survie et de l'intensité des échanges, et par ailleurs se consolide sur l'espace urbain ; encore que ses enjeux impactent deux échelles territoriales : l'échelle locale d'abord et urbaine, dans son ensemble, ensuite.Ainsi, pour saisir cette réalité, l'étude se fonde sur les racines descriptives de l'urbanisme, décolonise les notions universalisées, les modes de pensée dominants ; elle mobilise les méthodes et techniques d'analyse transdisciplinaires pour ce territoire sous-documenté. La méthodologie de la recherche se base sur l'enquête de terrain et la comparaison des cas ─ aires marchandes à Delvaux, à UPN et à Matadi-Kibala, marché le plus récent, et plus loin, à Mitendi ─ toutes en périphérie sud-ouest, arrimées sur la Route nationale n° 1. Et partant, cette seconde partie de la thèse développe, au travers ses différents chapitres, les fondements de la structure urbaine ─ production de l'espace public, consolidation de la trame et des noyaux d'urbanisation des périphéries en particulier ─ et les qualités de l'infrastructure sociale sur son espace, entendues : mixité, interdépendance et solidarité.La conclusion, affirmative des hypothèses, relève succinctement les enjeux de l'espace public révélé, les fondamentaux de cette structuration urbaine et les tenants stratégiques d'aménagement ; elle revient sur la requalification de ces lieux d'amalgame, physique et théorique, et sur l'émancipation aux approches hégémoniques universalisées, dans un processus de post-aménagement. Comme enjeu de développement urbain, la thèse porte l'impératif de survie comme une infrastructure de premier ordre, et préconise un urbanisme plutôt socio-économique que celui d'ordonnancement. En m'appuyant sur la dynamique des marchés spontanés, le concept wenze-ville, que je propose, est de ce fait identitaire et réflexif de l'urbanisation kinoise, actuelle et à venir.