Résumé : La découverte de l’Amérique en 1492 introduit en Europe une faune et une flore jusqu’alors inconnues. Dès le XVIᵉ siècle, des oiseaux américains tels que le dindon, l’ara ou le perroquet sont représentés dans la peinture et la gravure des Pays-Bas. Cette thèse analyse comment ces figures ont contribué à la construction et à la diffusion du savoir ornithologique en Europe, dans un contexte marqué par la curiosité des collectionneurs et l’activité commerciale. S’inscrivant dans une période de transition épistémologique, l’étude montre que la pratique artistique dépasse la simple évolution de la lecture emblématique vers une approche taxinomique. Les artistes, stimulés par la demande d’un public de marchands et de savants, observent les oiseaux vivants et transforment leur regard en mode de vision savante, participant activement à l’élaboration du savoir. Deux dynamiques complémentaires se dégagent : la transmission du savoir établi, où l’artiste reproduit ou adapte des figures scientifiques existantes et élabore des classifications visuelles, et la production de savoir nouveau, fondée sur l’observation directe et la représentation du comportement, du dimorphisme sexuel ou de l’écologie des espèces. La recherche montre que, dans les Pays-Bas des XVIᵉ–XVIIᵉ siècles, l’art constitue un vecteur essentiel de connaissance, révélant que la frontière entre art et science est un espace d’échanges où se construisent de nouvelles manières de voir et de comprendre la nature.