par Duriau, Nicolas 
Référence Colloque Rétrospectives et perspectives : femmes et genre en littérature, le temps du bilan ? (2025-11-06: Université de Poitiers, organisé par Béatrice Bloch, Anne Debrosse, Natacha d'Orlando et Elina Galin)
Publication Non publié, 2025-11-06

Référence Colloque Rétrospectives et perspectives : femmes et genre en littérature, le temps du bilan ? (2025-11-06: Université de Poitiers, organisé par Béatrice Bloch, Anne Debrosse, Natacha d'Orlando et Elina Galin)
Publication Non publié, 2025-11-06
Communication à un colloque
| Résumé : | [FR] Depuis la deuxième vague féministe – et le retentissement de la grève des prostituées de Saint-Nizier sur la scène internationale, en juin 1975 – la question prostitutionnelle occupe une place grandissante dans les sciences sociales et les études de genre, en France et par-delà. L’actualité non démentie des travaux de Paola Tabet sur le « continuum de l’échange économico-sexuel » et de Gail Pheterson sur le « stigmate de putain », lus, cités et amendés depuis leur état embryonnaire, dans les années 1980, le montre encore : quel autre archétype que la prostituée, érigée en antithèse de la femme honnête, incarne mieux les interdits qui pèsent sur la sexualité féminine et reflète, en miroir, les normes à respecter pour prétendre aux liens sacrés du mariage ? « La prostitution et le vol sont deux protestations vivantes, mâle et femelle, de l’état naturel contre l’état social », écrit Honoré de Balzac dans Splendeurs et misères des courtisanes (1838-1847) : éclairer les fondements du « plus vieux métier du monde » – comme on l’appelle en déshistoricisant sa pratique – c’est faire apparaître les structures politiques qui définissent ses conditions d’exercice et de répression. L’intérêt porté par les discours universitaires à la prostitution, et la fonction révélatrice qu’elle y joue à l’égard du genre (entendu comme « principe de différenciation qui détermine la construction des rôles sexués et qui l’organise dans un rapport de pouvoir »), valent pour les ouvrages de littérature française. Depuis une cinquantaine d’années, dans le sillage tracé par Les Filles de noce d’Alain Corbin (1978 ) et, plus largement, par les historien·nes des femmes, les critiques se penchent volontiers sur les œuvres ayant construit l’imaginaire du trottoir : si ce n’est le texte littéraire, quel matériau trahit-il plus explicitement le fait prostitutionnel comme système de représentations sociales ? Des pamphlets de la Révolution, marquée par le triomphe d’une classe bourgeoise obsédée par la révélation des sexualités non-re/productives, aux récits de témoignage, qui, depuis le tournant du XXe siècle, participent à l’affirmation des premières revendications en faveur du travail du sexe (on pense, en première ligne, à l’œuvre de Grisélidis Réal), en passant par le roman réaliste, les travaux sur l’écriture des prostitutions sont légion. Cependant, comment ne pas reproduire, en tant que critique, les biais ou « les versions romancées de la littérature », que Kate Millet dénonce, en 1971 ? « Il est difficile de ne pas être agacé par les impressions des écrivains sur la prostitution », écrit-elle dans La Prostitution. Quatuor pour voix féminines : « On pense à Baudelaire et à son penchant pour le “mal” [...] pour le reste, tout[e] autre information sur le sujet provient presque exclusivement de sources masculines ». « Nous existons dans une société qui ne nous parle pas directement, qui préfère parler pour nous, de nous, dans ses mythologies, comme dans ses fictions », renchérit Jules sans Jim, travailleur du sexe, dans un article publié dans Trou noir (« Des putes et des jeux », 2024). Est-il possible d’échapper à ce « mythe » – dont Roland Barthes a montré qu’il est toujours un « vol de langage » – de la prostitution, dès lors que l’on parle à son tour des représentations littéraires du tapin ? Pour répondre à cette question d’ordre méta-poétique, je propose d’esquisser un bilan historique et théorique (non-exhaustif) des recherches sur la figure de la prostituée en littérature française, en montrant comment le discours critique peut tenter d’échapper à l’ordre du genre. |



