par Berthier, Manon;Chemmachery, Jaine;Cusset, Christophe;Duriau, Nicolas ;Islert, Camille;Turbiau, Aurore
Référence Sextant, à paraître (accepté pour publication), Bruxelles, Vol. 43, Ed. 1
Publication A Paraître, 2026-07-01
Direction d'ouvrage
Résumé : [FR] Le tournant du XVIIIe siècle, qui voit « l’étroite et nécessaire union des Lumières et de la liberté » (Condorcet, 1791), coïncide avec une reconfiguration de l’instance narrative et poétique du « je » – dans les littératures occidentales, au moins. Ce nouveau rapport au sujet, étroitement lié à l’affirmation de l’individu dans la société républicaine, trouve une implantation littéraire paradigmatique dans le romantisme. « Je » – lyrique ici – associé à la proclamation de l’universalisme devient, selon les mots de Friedrich Hegel (1818-1829), à la fois porteur d’une « révélation de l’âme individuelle » et d’idées qui « conservent une valeur générale », reflétant les « sentiments vrais de la nature humaine ». « Je me flatte de me faire souvent oublier en racontant ma propre histoire », écrit Germaine de Staël dans Dix années d’exil (1820). Ce nouveau paradigme de l’« égotisme » (Stendhal, 1832), appelé à s’actualiser du Cercle d’léna à l’expression de soi contemporaine, implante dans la littérature un « je » à la fois individuel, autonome et représentatif d’une universalité. Toutefois, s’il est défini en termes narratifs et poétiques, ce dernier témoigne d’un régime d’historicité singulier : celui de siècles majoritairement marqués par l’(hétéro-)sexisme et le colonialisme qui, à la suite des progrès du libéralisme, participent à l’affirmation de différents systèmes de domination – dont le genre, la classe et la race sont trois modalités matérielles et symboliques significatives. C’est rappeler, avec Jean-François Lyotard (1979), qu’à l’exception de quelques contre-discours, le « récit des Lumières, où le héros du savoir travaille à une bonne fin éthico-politique, la paix universelle », est essentiellement andro-/européocentré.