par Duriau, Nicolas
Référence Contextes, 37, à paraître (accepté pour publication)
Publication A Paraître, 2026-07-01
Article révisé par les pairs
Résumé : [FR] À supposer que la prostitution (sa définition, sa perception, sa pratique) ait tout à voir avec le regard d’autrui – puisque « se prostituer » (pro-statuere), c’est avant tout « [se] mettre en avant ») –, le gaze (ou male gaze, tel que théorisé par Laura Mulvey) n’est-il pas un outil conceptuel opérant pour étudier la construction du sujet « prostitué » et, a fortiori, déconstruire les préjugés dont il est l’objet ? En prenant La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils comme cas d’étude, cet article entend démontrer l’importance de la dimension visuelle (ou « scopique ») des représentations sociales et littéraires du fait prostitutionnel au XIXe siècle. Si, à la lumière du texte étudié (et de la production postérieure), il existe un regard prostituant que les écrivain·es peuvent subvertir, celui-ci n’est pas nécessairement investi par ces dernier·ères, et d’autant moins par les féministes abolitionnistes, qui préfèrent la langue (le lexique, la grammaire, le style) comme lieu de subversion des stéréotypes sexués, y compris du genre de la prostitution – pratique a priori féminine, voire masculine homosexuelle. Sans doute faut-il attendre le siècle suivant, et l’essor de l’industrie photo-cinématographique, pour que le male gaze soit largement (contre-)approprié par des artistes en lutte contre le « stigmate de putain ».