Résumé : La transmission verticale (TV) du VIH demeure un défi majeur de santé publique au Burkina Faso, malgré les efforts engagés pour renforcer les services de prévention de la TV du VIH (PTV). L’objectif d’élimination de la maladie à l’horizon 2030 exige une approche innovante et pragmatique pour renforcer les stratégies de lutte. Dans cette perspective, cette thèse mobilise les données de vie réelle (i.e. données collectées de manière routinière ou prospective dans un cadre non expérimental) pour mieux comprendre les dynamiques de l’utilisation du continuum de soins de la PTV du VIH et identifier les déterminants structurels et individuels influençant cette utilisation. La recherche s’appuie sur une approche intégrée et mobilise plusieurs sources de données multi-niveaux telles que les données de routine extraites de la plateforme du District Health Information System, version 2 (DHIS2) (2013-2024), les données structurelles de l’enquête Service Availability Readiness Assessment (2012-2018), les données de l’enquête démographique et de santé (EDS) (2021), et les données d’enquête nationale sur l’observance au traitement antirétroviral (ARV) chez les personnes vivant avec le VIH (2019-2020). Les analyses ont permis d’évaluer les tendances de l’utilisation et de la capacité opérationnelle des formations sanitaires à offrir les services de la PTV, tout en appliquant des méthodes de machine learning pour identifier les prédicteurs clés de l’utilisation de ces services. Une triangulation méthodologique a été réalisée afin de renforcer la validité interne des données de routine. Les résultats montrent une augmentation dans l’utilisation des services de la PTV, notamment le dépistage au cours des consultations prénatales passant de 82,3% en 2013 à 95,4% en 2024, et la mise sous traitement ARV des femmes séropositives allant de 41,5% en 2023 à 97,2% en 2024. Toutefois, des écarts persistent tant au niveau de l’adhésion aux consultations prénatales (CPN), où seulement 79,6% des femmes enceintes ont pris part à leur première consultation en 2024, qu’au niveau du suivi postnatal (dépistage précoce à 6 semaines avec une variation entre 44,1% en 2013 et 50,3% en 2024 et dépistage final à 18 mois oscillant entre 21% en 2013 et 24,6% en 2024). L’analyse comparative des sources a indiqué des valeurs assez semblables pour les indicateurs prénatals, à l’exception de l’indicateur du dépistage prénatal, pour lequel un écart a été noté entre les sources de données de routine (95,4%) et de l’enquête démographique et de santé (53.0%). En ce qui concerne les indicateurs de la phase postnatale, des écarts ont également été observés. Par ailleurs, l’évaluation de la capacité opérationnelle a montré qu’en 2018, seulement 50,9% des formations sanitaires, disposaient d’une capacité optimale pour offrir les services de la PTV, et 65,4% pour les services de dépistage et de conseil. Considérant les services de dépistage et de conseil offerts au cours des CPN, l’analyse croisée des données a mis en évidence des disparités régionales en matière de capacité opérationnelle et d’utilisation des services. Alors que les régions des Cascades, du Centre-Est et de l’Est ont enregistré une faible capacité opérationnelle d’offre associée à une faible utilisation optimale des services, les régions du Plateau-Central et du Sahel ont présenté une utilisation limitée malgré une capacité opérationnelle suffisante des formations sanitaires, suggérant ainsi l’existence de barrières d’ordre individuels et communautaires influençant l’utilisation des services. L’analyse des prédicteurs clés de l’utilisation des services de la PTV, a permis d’identifier plusieurs déterminants majeurs. Parmi les facteurs individuels, la bonne connaissance du VIH et/ou de la PTV était identifiée comme le déterminant le plus influent, représentant 14,3% de l’importance du modèle. A ce facteur clé, s’ajoutent par ordre d’importance, les facteurs tels que l’occupation des femmes et de leurs partenaires, le niveau d’éducation secondaire ou supérieur des femmes et de leurs partenaires, et l’âge des femmes de 25 ans et plus. Les déterminants communautaires incluaient la résidence en milieu urbain, et l’exposition aux médias. Si la connaissance était améliorée chez toutes les femmes, l’utilisation des services augmenterait de 12%. Si cette amélioration était associée à un meilleur accès aux médias, cette augmentation atteindrait 17%. Enfin, la non-disponibilité des ARVs prophylactiques au niveau des formations sanitaires et le déficit en ressources humaines qualifiées, ont été identifiés à travers l’enquête SARA, comme les facteurs structurels influençant l’offre et par conséquent l’utilisation des services. Cette thèse met en évidence la pertinence et le potentiel des données de vie réelle pour renforcer la surveillance de la TV du VIH au Burkina Faso, particulièrement dans un contexte de réduction du financement pour les enquêtes de santé. Nos résultats montrent que l’exploitation conjointe des sources de données hétérogènes issues du système de santé constituerait une alternative pour le suivi programmatique. Une meilleure intégration des données de vie réelle appuyée par une triangulation des sources permettrait non seulement de documenter plus finement le parcours du couple mère/enfant dans le continuum de soins, mais également d’apprécier la cohérence des indicateurs selon les phases de la cascade et d’améliorer la qualité de ces indicateurs. Les écarts substantiels relevés pour les indicateurs de la phase postnatale de la cascade, soulignent la nécessité de multiplier les études de terrain dans le but de disposer d’un ensemble de données plus riche, permettant ainsi de renforcer la robustesse de la triangulation, en vue d’améliorer la fiabilité des indicateurs. Nos résultats soulignent également l’importance des interventions centrées aussi bien sur le renforcement de la formation des agents impliqués dans la PTV du VIH et la disponibilité des ARVs prophylactiques dans les formations sanitaires pour améliorer la capacité opérationnelle, que sur l’amélioration du niveau de connaissances des femmes sur le VIH et la PTV. Ces leviers s’inscrivent en droite ligne avec les nouvelles stratégies nationales en cours, notamment avec le lancement le 28 novembre 2025 du projet de renforcement de l’utilisation des données pour plus d’impact qui ambitionne d’améliorer la collecte, de renforcer la qualité, la gestion et l’exploitation des données sanitaires afin d’orienter efficacement les interventions de santé publique.