Résumé : Cette thèse interroge la condition homonumérique des hommes homosexuels au Cameroun,dans un contexte de répression juridique, de stigmatisation sociale et de surveillance numérique.À partir des notions de gestion du stigmate (Goffman), de carrière déviante (Becker) etd’infrapolitique (Scott), ce travail analyse comment les réseaux socionumériques —principalement Facebook et WhatsApp — deviennent à la fois des espaces de visibilisation, desolidarité et de résistance discrète face à l’hétéronormativité dominante.Dans un pays où l’homosexualité reste criminalisée (article 347-1 du Code pénal) etviolemment réprimée dans les discours politiques, médiatiques et religieux, les hommeshomosexuels développent des stratégies numériques complexes pour négocier leur visibilitétout en assurant leur sécurité. Cette recherche met en lumière la manière dont les réseauxsocionumériques ouvrent des marges de manœuvre, malgré les risques de traque, dedénonciation et de violences en ligne. La visibilisation homonumérique, qu’elle soit active(revendiquée) ou passive (subie), est abordée comme un espace d’affirmation identitaire, desociabilité et de contournement des dispositifs répressifs.La démarche méthodologique de cette recherche repose sur une ethnographie numériqueadaptée aux terrains sensibles, combinant immersion dans des groupes fermés sur Facebook etWhatsApp, participation observante, et entretiens qualitatifs menés auprès d’hommeshomosexuels âgés de 16 à 35 ans, vivant majoritairement au Cameroun. L’approche inductive,sensible aux dynamiques de confidentialité, a permis d’accéder à des pratiques et récits souventinvisibles dans les discours institutionnels et militants.Les résultats montrent que ces espaces numériques fonctionnent comme des lieux denégociation identitaire où les individus élaborent des trajectoires spécifiques, appelées ici“carrières homonumériques”, marquées par des apprentissages, des codes implicites et desformes de résistance infra-politiques. Loin d’être de simples outils de rencontre ou de visibilité,ces plateformes deviennent des terrains d’affirmation silencieuse, de solidarité codée et desubversion discrète de l’ordre hétéronormatif.Cette thèse propose le concept de “condition homonumérique” pour penser la tensionpermanente entre exposition et invisibilité protectrice, dans un environnement numérique oùles espaces d’expression sont en permanence sous contrainte. Elle apporte ainsi unecontribution originale aux études sur les sexualités minoritaires en Afrique centrale, enarticulant une lecture fine des usages numériques à une réflexion critique sur les rapports depouvoir, la stigmatisation et les formes ordinaires de résistance.
This dissertation examines the homonumerical condition of homosexual men in Cameroon, within a context marked by legal repression, social stigmatization, and digital surveillance. Drawing on the concepts of stigma management (Goffman), deviant career (Becker), and infrapolitics (Scott), the study analyzes how social media platforms—primarily Facebook and WhatsApp—become spaces of visibility, solidarity, and discreet resistance to dominant heteronormativity.In a country where homosexuality remains criminalized (Article 347-1 of the Penal Code) and violently condemned in political, media, and religious discourse, homosexual men develop complex digital strategies to negotiate their visibility while ensuring their safety. This research highlights how social media platforms open up margins of maneuver despite the risks of tracking, denunciation, and online violence. Homonumerical visibility, whether active (claimed) or passive (imposed), is understood as a space of identity assertion, sociability, and circumvention of repressive mechanisms.Methodologically, the study relies on digital ethnography adapted to sensitive fieldwork, combining immersion in closed Facebook and WhatsApp groups, participant observation, and qualitative interviews with homosexual men aged 16 to 35, most of whom live in Cameroon. This inductive approach, attentive to confidentiality constraints, made it possible to access practices and narratives that are often invisible in institutional and activist discourse.The findings show that these digital spaces function as sites of identity negotiation, where individuals develop specific trajectories—here described as “homodigital careers”—characterized by learning processes, implicit codes, and infra-political forms of resistance. Far from being simple tools for meeting or gaining visibility, these platforms become arenas for silent affirmation, coded solidarity, and discreet subversion of heteronormative order.The dissertation introduces the concept of “homodigital condition” to capture the constant tension between exposure and protective invisibility within a digital environment where spaces of expression are continuously constrained. It offers an original contribution to scholarship on sexual minorities in Central Africa by connecting a detailed analysis of digital practices to a critical reflection on power relations, stigma, and everyday forms of resistance.