par Kohlbrenner, Ananda Maria
Référence Panthère première, 4, page (1-6)
Publication Publié, 2019-05-23
Article révisé par les pairs
Résumé : Le quartier Flagey, à Bruxelles, occupe une vallée profonde, aisément reconnaissable aux rues pentues qui descendent vers une grande place bordée par deux étangs. Il y coule une rivière invisible. Au XIXe siècle, en effet, celle-ci fut enterrée et transformée en collecteur d’égouts dans le cadre du développement territorial de la ville. L’enfouissement de ce cours d’eau, couplé à l’asphaltage des rues ainsi qu’à la densification du bâti, entrave la perméabilité naturelle des sols et favorise le ruissellement rapide des eaux pluviales vers les canalisations souterraines. Lorsque les orages sont importants, les pluies engorgent le réseau d’évacuation, font sauter les taques d’égouts et, mélangées aux eaux usées, inondent les rues et les caves des riverain·es.Pour pallier ces problèmes récurrents, la municipalité a décidé de construire un « bassin d’orage » au début des années 2000, à savoir une cuve enterrée visant à stocker de manière temporaire les eaux véhiculées dans les canalisations souterraines lors des pluies torrentielles. Vaste cathédrale pouvant accueillir jusqu’à 33 000 m3 d’eau de pluie et d’eaux usées, ce bassin d’orage constitue, pour ses détracteurs et détractrices, une réponse à la fois désuète, car héritée du « tout au béton » des années 1970, et dangereuse, car entraînant des risques multiples pour ce quartier densément peuplé : risques d’effondrement du bâti à cause des travaux ; bruits et poussières liées au passagedes charrois destinés à évacuer les quelque 120 000 m3 de terre excavée ; risques de faillite des commerces et mise en suspens de la vie de quartier pendant la durée des travaux (estimée à quatre ans), etc. Par ailleurs, le peu d’efforts consenti par les responsables politiques et les porteurs et porteuses du projet en matière d’information, et la faiblesse des réponses apportées aux interrogations des riverain·es et usager·es n’ont pas manqué d’attiser la colère de ces dernier·es.