Résumé : Les maladies respiratoires chroniques obstructives (MRCO) les plus fréquentes incluent l'asthme, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) et leur chevauchement - Asthma COPD Overlap (ACO). Chacune de ces maladies est caractérisée par des mécanismes inflammatoires spécifiques (appelé l'endotype) et par des caractéristiques cliniques différentes (appelé le phénotype). Pour chaque maladie, il existe une variabilité inflammatoire importante propre à chaque patient en raison de variations génétiques individuelles, d'une part et de l'exposition aux facteurs environnementaux, d'autre part. Dès lors, ces maladies sont caractérisées par un large spectre de phénotypes cliniques, conséquence de la génétique et des conditions environnementales. Au Vietnam, la population urbaine est exposée à plusieurs risques respiratoires tels que la fumée de tabac, les risques professionnels, la pollution de l’air extérieur et intérieur, les séquelles de la tuberculose et la sensibilisation aux aéro-allergènes. Par conséquent, l'éventail phénotypique est très large. Dès lors le diagnostic spécifique de l'asthme et de la BPCO est difficile et leur chevauchement, est très fréquent. Si des recommandations de traitement sont disponibles pour l'asthme et la BPCO, il n'existe pas de consensus sur le choix de traitement pour l'ACO. La plupart des patients MRCO vietnamiens sont traités par la combinaison d’un bronchodilatateur et d’un corticostéroïde inhalé (CSI) quel que soit leur diagnostic spécifique, ce qui entraîne un risque de maladies infectieuses comme la tuberculose et les complications des viroses, notamment chez les BPCO et les ACO. Au Vietnam, il serait indiqué de différencier les patients répondeurs ou non-répondeurs aux CSI.L’inflammation des voies respiratoires résulte de l’interaction entre l'exposition environnementale, d'une part, et la génétique, d'autre part. L’inflammation éosinophilique (appelée T2) est associée à la réponse au traitement par corticostéroïdes, tandis que l’inflammation non éosinophilique (non T2) est généralement résistante aux corticostéroïdes. On dispose aujourd'hui de moyens non invasifs pour déterminer l'endotype inflammatoire, comme par exemple, la fraction expirée du monoxyde d'azote (Fractional exhaled Nitric Oxide - FeNO). Ce biomarqueur est utile pour améliorer le diagnostic, faciliter le suivi de la réponse thérapeutique et prédire les facteurs de sévérité de l'asthme et de la BPCO. La mesure de la FeNO pourrait contribuer à la stratégie thérapeutique des patients respiratoires chroniques vietnamiens. La gravité de l’asthme et la BPCO s’exprime, entre autre, par la survenue des exacerbations définies comme une aggravation aiguë des symptômes requérant l'adaptation du traitement. Ces exacerbations sont associées au risque d'hospitalisation et à une mortalité accrue. Les exacerbations peuvent être prévenues non seulement par le traitement médicamenteux mais encore par des mesures non pharmacologiques telles que le sevrage tabagique, la réduction de l’exposition professionnelle et l’amélioration de la qualité de l'air intérieur. Ces dernières mesures sont souvent négligées dans la pratique clinique au Vietnam. Le but de ce travail de thèse était de mieux caractériser les maladies respiratoires chroniques obstructives au Vietnam par trois approches :- définir les ACO comme asthmatique ou BPCO (et prédire la réponse aux CSI)- évaluer l'intérêt de la mesure de la FeNO- identifier des facteurs de risque modifiables d'exacerbations1/ Dans la première partie de ce travail, avec les techniques actuellement disponibles au Vietnam, nous avons identifié les facteurs cliniques pour différencier les différents phénotypes d’ACO. Les patients ACO peuvent être définis comme asthmatiques ou BPCO selon les tests cutanés, les antécédents de tuberculose et l'âge d'apparition des symptômes respiratoires.2/ Dans la deuxième partie, nous avons montré qu'une concentration élevée de FeNO était caractéristique des asthmatiques et des patients présentant des marqueurs T2-inflammatoires, tandis qu’un faible niveau était typique de la BPCO. Chez les non-fumeurs, la valeur de FeNO était corrélée positivement avec les éosinophiles sanguins et la réponse aux bronchodilatateurs. 3/ Dans la troisième partie, à côté du tabagisme, nous avons démontré que l’exposition professionnelle et le manque de surface d'habitation par personne sont des facteurs significatifs de risque. En conclusion, au Vietnam, le phénotypage des différentes formes cliniques, l’identification du type de l’inflammation des voies respiratoires et la détermination des facteurs de risque modifiables pourraient contribuer à une meilleure prise en charge thérapeutique des patients atteints de MRCO.