Résumé : Pour juger de la véracité d'une information, nous utilisons deux stratégies : l'évaluation de première main et celle de seconde main. La première consiste à évaluer directement la validité des informations, c'est-à-dire à porter un jugement épistémique sur la véracité de son contenu. Néanmoins, son application est assez complexe puisqu'il est rare – pour ne pas dire impossible – d'avoir une connaissance suffisante dans tous les domaines pour évaluer le contenu des informations que nous rencontrons. La seconde stratégie nous permet de contourner ce problème en évaluant la fiabilité de la source, c'est-à-dire en déterminant si les informateur·trice·s qui fournissent l'information sont dignes de confiance. Cette évaluation de seconde main, au-delà de distinguer le vrai du faux, pourrait-elle aussi avoir un impact sur d'autres capacités ? La première étude décrite dans cette thèse suggère que les individus prennent en compte à la fois le contenu et la source lorsqu'iels jugent de la véracité des informations et ajustent leurs jugements de confiance en fonction de l'(in)congruence de ces indices. Lorsque contenu et source sont congruents (par ex., une information vraie provenant d'une source fiable), les individus s'appuient sur les deux éléments pour former leur jugement. En revanche, face à des indices contradictoires, la source devient un facteur déterminant, particulièrement pour évaluer les informations douteuses. Les deux études suivantes explorent l'impact d'un entraînement à l'évaluation de la source auprès d'élèves du secondaire. Les résultats révèlent qu'une formation spécifique à l'évaluation de la source permet d'améliorer non seulement cette compétence, mais également la pensée critique, la compréhension en lecture et la résistance aux théories du complot. Avec certaines adaptations méthodologiques, cette formation a également montré des effets bénéfiques sur la mémoire de la source, permettant aux participant·e·s de mieux retenir l'origine des informations. Ces améliorations persistent dans le temps, confirmant l'efficacité durable de l'intervention. Cette thèse apporte ainsi une contribution significative à la compréhension des mécanismes cognitifs qui sous-tendent l'évaluation des sources et ses relations avec d'autres compétences essentielles. Elle ouvre des perspectives prometteuses pour le développement de programmes éducatifs visant à renforcer la littératie informationnelle et la pensée critique des adolescent·e·s, dans un monde où la désinformation représente un défi majeur pour l'exercice d'une citoyenneté éclairée.To judge the veracity of information, we use two strategies: first-hand evaluation and second-hand evaluation. The first consists in directly assessing the validity of information, i.e. making an epistemic judgment about the veracity of its content. Nevertheless, its application is rather complex, since it is rare - not to say impossible - to have sufficient knowledge in all fields to evaluate the content of the information we encounter. The second strategy enables us to get around this problem by assessing the reliability of the source, i.e. by determining whether the informants providing the information are trustworthy. Could this second-hand evaluation, beyond distinguishing the true from the false, also have an impact on other capabilities? The first study described in this thesis suggests that individuals consider both content and source when judging the veracity of information, and adjust their trust judgments according to the (in)congruence of these cues. When content and source are congruent (e.g., true information from a reliable source), individuals rely on both elements to form their judgments. On the other hand, when confronted with contradictory cues, source becomes a determining factor, particularly when evaluating dubious information. The following two studies explore the impact of source evaluation training on high school students. The results show that specific training in source evaluation improves not only this skill, but also critical thinking, reading comprehension and resistance to conspiracy theories. With certain methodological adaptations, this training also showed beneficial effects on source memory, enabling participants to better retain the origin of information. These improvements persisted over time, confirming the lasting effectiveness of the intervention. This thesis thus makes a significant contribution to our understanding of the cognitive mechanisms underlying source evaluation and its relationship with other essential skills. It opens up promising prospects for the development of educational programs aimed at strengthening adolescents' information literacy and critical thinking skills, in a world where misinformation represents a major challenge to the exercise of enlightened citizenship.