Article révisé par les pairs
Résumé : Selon les formes qu’il peut prendre, le handicap est perçu de manière variable par les sociétés. Une prise en charge adaptée à la sévérité des atteintes conditionne parfois la survie de sujets infirmes. Certaines de ces pathologies laissent des traces sur le squelette et peuvent ainsi être détectées par les paléopathologistes. Nous présentons deux individus médiévaux « hors normes » qui ont dû marquer leurs contemporains. Ils ont été inhumés au sein de l’abbaye cistercienne des Dunes de Coxyde (Flandre occidentale), en activité principalement du xiie au xve siècle. Le premier individu, qui souffrait de nanisme disproportionnel avec un tronc de taille normale et des membres courts, a vécu une quarantaine d’années avant d’être enterré au nord de l’église abbatiale. Le second était atteint d’un pied calcaneus varus congénital bilatéral ainsi que d’autres pathologies lourdes qui indiquent une persistance de sa mobilité conditionnée par l’utilisation de béquilles. Il est décédé après 50 ans et fut inhumé dans le cloître. S’ils n’avaient pas été membres d’une communauté monastique ou issus de classes sociales favorisées, ces sujets auraient-ils eu le même parcours de vie ? Au-delà de l’absence de différence de traitement funéraire, la prise en charge de ces individus particuliers témoigne de leur inclusion dans la société médiévale et redéfinit notre vision de leur place dans les communautés du passé.