par Deligne, Chloé ;Schroeder, Nicolas
Référence Avoir sa peau., Animaux des bois et des cours d’eau dans l’espace mosan, du Moyen Âge au début du XXe siècle, Maison du patrimoine médiéval mosan, Bouvignes-Dinant
Publication Publié, 2025-06-01
Partie d'ouvrage collectif
Résumé : Une très longue tradition européenne conçoit la forêt comme espace du sauvage par excellence. L’étymologie même du terme « sauvage » révèle la profondeur de cette association puisque celui-ci dérive du bas latin salvaticus, lui-même issu de silvaticus, c’est-à-dire « sylvestre » ou « de la forêt». L’image d’une forêt sauvage médiévale a été érigée en véritable figure par le romantisme du XIXe siècle et fut prolongée par les historiens médiévistes du XXe siècle1. Bien que l’idée que les forêts médiévales ont été autant de « massifs impénétrables » a été largement battue en brèche par une abondante littérature depuis les années 1980, elle garde la dent dure dans l’imaginaire contemporain. Dans cette contribution, nous souhaitons donc continuer à insister sur la nécessité de la remise en question de cette idée traditionnelle de la forêt « sauvage » médiévale, trop souvent encastrée dans un discours « civilisationnel » des relations entre les sociétés et leurs milieux (forestiers). Pour e faire, nous montrerons d’abord que les catégories utilisées à l’époque médiévale pour décrire le « sauvage » ne recoupent pas totalement les nôtres. Cela nous aidera à mieux nous demander quels autres vocables que « sauvage » seraient éventuellement plus appropriés pour qualifier ce qui se trame dans les forêts médiévales (que nous préférons appeler « sylves », le mot « forêt » ayant un sens différent dans le vocabulaire médiéval. Ensuite, nous reprendrons synthétiquement l’histoire des sylves sambro-mosanes pour montrer de quelle façon elles font partie intégrante du système agraire et de l’économie des villes. Nous essayerons ensuite de porter attention aux animaux qui les peuplent même si les sources sont généralement peu loquaces à leur sujet.