Communication à un colloque
Résumé : Les lignes de Harris (LH) se définissent comme des lignes transverses de forte densité, visibles en radiographie sur les os longs. En anthropologie, elles sont communément interprétées comme la résultante d’arrêts temporaires de la croissance liés à des conditions de vie défavorables (infections, maladies, déficits nutritionnels). À ce titre, elles sont souvent utilisées pour discuter l’état sanitaire des populations anciennes. Cependant, malgré les études intensives dont elles ont fait l’objet depuis près d’un siècle, leur étiologie demeure encore controversée. Pour appréhender la fiabilité des LH comme marqueurs d’arrêts de croissance, cette étude se propose de discuter la relation entre caractéristiques métriques et présence de LH au sein d’un échantillon de 51 squelettes (23 individus immatures et 28 adultes) issus du cimetière de peste de Termonde (Belgique, XVIème siècle). Les données du codage des LH ont été mises en perspective avec diverses données métriques collectées sur les fémurs et les tibias. Pour chaque paramètre métrique, la construction de boxplots a été suivie d’une analyse ANOVA. Les résultats démontrent que la taille des os longs ne diffère pas entre sujets porteurs et exempts de LH. A contrario, la conformation osseuse diverge entre les groupes. Chez les sujets immatures, plusieurs variables métriques ont des valeurs significativement inférieures chez les individus avec LH. Chez les adultes, au contraire, la présence de LH est associée à une valeur significativement supérieure pour certains paramètres métriques. Les facteurs causals des LH semblent donc induire une perturbation de la croissance osseuse, entraînant des variations de largeur et d’épaisseur de la corticale des os longs. Toutefois, au vu des résultats divergents enregistrés au sein des corpus immature et adulte, la présence de LH ne semble pas systématiquement synonyme d’un arrêt de croissance. Cette étude apporte des pistes inédites qui viennent alimenter le débat sur l’étiologie des LH.