par Berns, Hannah 
Référence Les pratiques populaires en milieu urbain stigmatisé au regard de la triplicité lefebvrienne de l'espace, Grafica Mosca, Montevideo, Uruguay, Ed. 1, page (271-287)
Publication Publié, 2021-06

Référence Les pratiques populaires en milieu urbain stigmatisé au regard de la triplicité lefebvrienne de l'espace, Grafica Mosca, Montevideo, Uruguay, Ed. 1, page (271-287)
Publication Publié, 2021-06
Partie d'ouvrage collectif
| Résumé : | Le passage, durant le dernier tiers du XXe siècle, à une économie post-fordiste dans la majorité des pays industrialisés a contribué à bouleverser largement la hiérarchie urbaine jusqu’alors instaurée. Ainsi, dans l’ensemble des pays développés, le capital a brutalement délaissé les anciens bassins industriels provoquant des taux de chômage importants, l’exode des populations qui le pouvaient – généralement les plus aisées – et l’exclusion de celles qui restaient – généralement les plus pauvres et les immigrés. Certaines de ces villes, les shrinking cities, se sont peu à peu constituées en espaces de relégation socio-spatiale, figure inverse du droit à la ville lefebvrien (1968). Et lorsque la misère a semblé s’ancrer comme une constante du paysage, ces quartiers marginalisés ont été définis comme le théâtre de tous les maux urbains. Face à la stigmatisation territoriale (Wacquant, 2007 ; Slater, 2017) et dans le but de rendre ces espaces plus attractifs, les politiques font aujourd’hui le choix de larges projets de réaménagement urbain. Alors que ces projets inscrits dans le tournant entrepreneurial redéfinissent entre autres les espaces publics (Harvey, 2011), une question émerge : quelle place laissent-ils désormais aux pratiques populaires qu’abritaient jusqu’alors ces villes ou quartiers délaissés des pouvoirs publics ?Fondée sur un dispositif d’enquête qualitative méthodiquement conçu et déployé auprès des jeunes du centre-ville de Charleroi – ville belge aucœur des processus de relégation socio-spatiale et de rénovation urbaine – cette contribution vise à mettre en lumière les pratiques spatiales des jeunes Carolorégiens issus des classes populaires. En partant de leurs discours et représentations, je ferai état de l’une de leurs pratiques quotidiennes, à savoir la pratique de la zone, dans ses liens constitutifs à l’espace. Cette pratique fait le point sur l’habitude qu’ont ces jeunes de traîner dehors en se réappropriant certains espaces publics. Souvent mal considérée et rarement analysée comme telle, la pratique de la zone sera étudiée comme relevant d’une cohérence normative interne. L’analyse du cas de Charleroi permet une approche concrète et locale de la théorisation de la triplicité de l’espace que Lefebvre propose au travers des notions d’espaces conçu, perçu et vécu et de leurs rapports dialectiques. En effet, la ville a été façonnée d’abord au XIXe siècle par l’industrialisation, puis dans les années 1960-70 par la désindustrialisation et enfin, surtout depuis une dizaine d’années, par les politiques néo-libérales de rénovation urbaine. Dans ce contexte historique et socio-économique, prennent formes dialectiquement des discours de stigmatisation territoriale portés sur le centre-ville (espace vécu), des pratiques populaires telles que la pratique de la zone (espace perçu) et des objectifs de revalorisation qui passent entre autres par de plan de rénovation urbaine (espace conçu). En bref, cet article s’attache à montrer en quoi stigmatisation territoriale, revalorisation urbaine et pratiques de la zone s’influencent mutuellement a"n de produire l’espace de Charleroi. |



