Résumé : Conférence de vulgarisation prononcée le 25-10-2017 à la Maison Arc-en-Ciel de LiègeHypothèse de départ : si la littérature gay a longtemps conservé son pouvoir subversif, ce n'est plus le cas depuis 30 ans : rattrapée par la normalité, l'homosexualité semble se diluer dans le politiquement correct. Mais que se passe-t-il quand à la diversité des orientations vient se superposer celle liée à l'origine des écrivains ? Peut-être la subversion s'est-elle déplacée du côté des littératures migrantes francophones. La conférence explore d'abord la marginalité socio-économique des nord-africains ayant du sexe avec d'autres hommes dans le contexte français d'après 62 (fin de la guerre d'Algérie) à travers les témoignages d'écrivains comme Tahar Ben Jelloun et Rachid Boudjedra qui évoquent le double handicap de leurs compatriotes-migrants : ils font face à l'inaccessibilité des femmes de leur milieu et à des "prédateurs" homosexuels (prostitution occasionnelle). Du coup, à l'image traditionnelle d'une société arabe où l'homosexualité de fait faisait l'objet de fantasmes de la part des écrivains homosexuels ou bisexuels français qui adoraient les jeunes arabes efféminés (Flaubert, Maxime Du Camp, Pierre Loti ou encore Roger Peyrefitte) va se substituer une tout autre image : celle de l'arabe hyper actif, étalon dominant, image à la fois portée par l'extrême droite raciste (la France a perdu l'Algérie parce qu'elle s'est féminisée du coup elle s'est "fait mettre", dans tous les sens du terme, par les Algériens) et par certains militants intellectuels de gauche qui voient dans le rôle actif attribué aux migrants arabes une sorte de renversement des rapports de force socio-économiques traditionnels (Le Bal des folles de Copi) et le prétexte à une solidarité PD-Arabes. D'une façon ou d'une autre, souvent les Arabes étaient ainsi vus non comme des sujets désirants susceptibles de désirer des hommes mais comme des pions dans la vie homosexuelle des Français.La conférence explique, ensuite, comment la marginalité littéraire des écrivains identifiés comme homosexuels francophones nord-africains peut s'expliquer par une approche théorique combinant les approches sociologiques, genrée et postcoloniale. Sont soumis à cette analyse des écrivains (pas tous homosexuels, par ailleurs, mais abordant tous cette question) comme Tahar Ben Jelloun, Rachid Boudjedra, Mohamed Choukri, Eyet-Chékib Djaziri, Mohamed Leftah, Rachid O, Abdellah Taïa et Gilles Sebhan. Cette triple lecture permet de relever, dans les textes, des traces (linguistiques et stylistiques notamment) des difficultés rencontrées par ces auteurs pour exister sur deux scènes littéraires si divergentes (arabe et française) et entre deux cultures également divergentes (musulmane et occidentale).